D'ici 2050, l'Afrique devrait compter entre 2,5 et 2,6 milliards d'habitants, ce qui imposerait d'augmenter la production agricole du continent d'environ 70 % pour assurer sa sécurité alimentaire. Un chapitre du rapport annuel 2025 du ReSAKSS s'interroge sur la capacité de l'intelligence artificielle et des technologies géospatiales à relever ce défi — et sur les raisons pour lesquelles leur adoption reste, à ce jour, largement en deçà de leur potentiel sur le continent.
Pour objectiver cet écart, les auteurs, dont Moussa Sow et Labaly Touré, ont construit un nouvel indice composite, l'Untapped Potential Index (UPI). Cet indice combine cinq dimensions notées pour chaque pays africain : la maturité numérique et l'IA, les besoins de transformation du système agroalimentaire (écarts de rendement, insécurité alimentaire, vulnérabilité climatique), les infrastructures géospatiales et de données, l'environnement politique et institutionnel, et enfin l'adoption actuelle de ces technologies sur le terrain. L'UPI se calcule comme la moyenne des quatre premières dimensions, moins la cinquième : plus il est élevé, plus le pays combine de forts besoins et de bonnes bases institutionnelles, sans que l'adoption réelle ait encore suivi.
Les résultats font ressortir le Soudan du Sud, le Niger et la Zambie comme les pays au potentiel le plus inexploité, tandis que l'île Maurice, l'Afrique du Sud et le Botswana affichent les scores les plus bas, pour des raisons différentes : un bon alignement global entre besoins et adoption pour l'île Maurice, un déploiement technologique déjà avancé pour les deux autres. Les auteurs soulignent que les outils déjà éprouvés ailleurs dans le monde — alerte précoce satellitaire à la sécheresse, irrigation de précision assistée par IA — pourraient réduire de moitié les pertes de récolte liées à la sécheresse et de 20 à 40 % la consommation d'eau en agriculture, mais que leur déploiement reste freiné par des obstacles structurels : connectivité internet limitée, déficit de compétences numériques, infrastructures de données insuffisantes et financement concentré sur quelques économies-relais du continent.
Le chapitre appelle les gouvernements, bailleurs et acteurs privés à cibler en priorité les pays à fort UPI pour maximiser l'impact des investissements, tout en renforçant la coopération régionale et les partenariats public-privé pour accélérer l'adoption de ces technologies dans l'agriculture africaine.
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