Au Sahel, la sécheresse agricole reste l'une des principales menaces pour la sécurité alimentaire, mais elle reste difficile à quantifier avec précision : les réseaux de stations météorologiques y sont clairsemés, et les indices satellites classiques — pris isolément — ne capturent chacun qu'une partie du phénomène. Une équipe de chercheurs, notamment affiliée à Aix-Marseille Université, à l'Institut agronomique et vétérinaire Hassan II (Rabat) et à l'Université Abdou Moumouni (Niamey), propose une nouvelle réponse à ce problème : un indice composite multivarié baptisé MDCI (Multivariate Drought Composite Index).
L'étude porte sur le bassin central du fleuve Niger, une zone qui s'étend sur le Niger, le Mali et le Burkina Faso — l'une des principales régions céréalières d'Afrique de l'Ouest, mais aussi une zone d'insécurité où la collecte de données de terrain est aujourd'hui impossible. Les chercheurs ont donc dû s'appuyer exclusivement sur la télédétection multi-capteurs, en mobilisant quarante ans d'archives satellites (NOAA AVHRR et VIIRS, CHIRPS, MODIS, TerraClimate) pour construire un indice capable de retracer l'historique complet des sécheresses depuis 1981.
La principale innovation du MDCI est d'intégrer, en plus des composantes habituelles de stress végétatif, thermique et climatique, un nouvel indicateur d'efficience pluviométrique (NRUE), conçu pour représenter la sensibilité cumulée des agrosystèmes aux sécheresses passées. Un algorithme de Machine Learning (Random Forest) a ensuite été utilisé pour pondérer objectivement chacune de ces composantes, en se basant sur les anomalies de rendement céréalier comme variable de référence.
Le modèle final accorde le poids le plus important à cette nouvelle composante d'efficience pluviométrique (23 %), suivie de l'indice de concentration des précipitations et de l'indice de condition de végétation (20 % chacun). Comparé aux indices de sécheresse les plus utilisés en télédétection (VHI, NVSWI), le MDCI affiche une concordance très élevée, ainsi qu'une bonne corrélation avec des indices hydroclimatiques de référence comme le SPI et l'indice de sévérité de sécheresse de Palmer (PDSI). L'analyse historique confirme que la décennie 1981-1990 a été la plus sèche de toute la période étudiée, avec des sécheresses exceptionnelles en 1984 et 1987, tandis que les deux dernières décennies montrent une tendance à l'atténuation de la sécheresse, cohérente avec une humidification progressive du Sahel central déjà documentée par d'autres études.
Les auteurs reconnaissent des limites à leur approche : l'absence de variables hydrologiques (humidité du sous-sol, évapotranspiration réelle) et de facteurs physiographiques dans la configuration actuelle du modèle, ainsi que des écarts de qualité entre les capteurs satellites utilisés sur une aussi longue période. Ils appellent à tester le MDCI avec des données à plus haute résolution (Sentinel-2, Landsat) et à l'étendre à d'autres contextes agroclimatiques que le Sahel.
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