**Une projection récente, conçue pour
corriger un défaut structurel de Mercator**
Contrairement à Mercator, mise au point en
1569 pour la navigation maritime, Equal Earth est une projection récente : elle
a été développée en 2018 par les cartographes Bojan Šavrič, Bernhard Jenny et
Tom Patterson, et publiée dans l'International Journal of Geographical
Information Science. Elle appartient à la famille des projections
pseudo-cylindriques équivalentes, construites à partir d'une combinaison des
projections Putniņš P4' et Eckert IV.
Sur le plan géométrique, les parallèles,
le méridien central et les pôles y sont représentés par des droites, tandis que
les autres méridiens sont des courbes régulièrement espacées. Les pôles
mesurent 0,59247 fois la longueur de l'équateur. Ses équations, dérivées de
formules polynomiales définissant l'espacement des parallèles, restent
relativement simples à implémenter, ce qui facilite son intégration dans les
logiciels de cartographie.
**Équivalence contre conformité : un
arbitrage classique en cartographie**
La propriété centrale d'Equal Earth est
l'équivalence : elle conserve les surfaces relatives des territoires, ce qui
n'est le cas ni de Mercator ni de la projection Robinson dont elle s'inspire
visuellement. Sur Mercator, le Groenland apparaît par exemple de taille
comparable à l'Afrique, alors qu'il ne représente qu'environ 7 % de la
superficie du continent africain.
Cette équivalence a un coût, comme dans
toute projection : les formes, les angles, les directions et les distances sont
déformés, avec un étirement nord-sud marqué dans les zones tropicales et de
moyenne latitude, et une compression à l'approche des pôles. La distorsion
reste toutefois symétrique par rapport à l'équateur et au méridien central, ce
qui donne un rendu visuellement équilibré, plus proche de Robinson que de
Mercator dans son apparence générale.
Ces propriétés situent Equal Earth dans
les usages classiques des projections équivalentes : cartographie thématique à
petite échelle, représentations mondiales de phénomènes quantitatifs
(population, végétation, climat), supports pédagogiques. Elle reste en revanche
inadaptée à la navigation ou à toute analyse dépendant des directions et des
angles, un rôle que Mercator continue d'assurer et que la résolution de l'ONU
ne remet pas en cause.
**Des conséquences directes pour les outils
SIG et la cartographie web**
Pour les praticiens de la géomatique,
l'enjeu principal est celui de l'intégration logicielle. Equal Earth est déjà
prise en charge nativement par ArcGIS Pro (paramètres ajustables : méridien
central, fausses coordonnées Est et Nord), par Mapbox, et peut être utilisée
avec des fonds de type OpenStreetMap via des tuiles vectorielles reprojetées.
Une adoption plus large par les producteurs de cartes scolaires, les atlas
numériques et les interfaces cartographiques grand public impliquerait
toutefois un travail de reprojection systématique des fonds de carte existants,
largement construits par défaut sur Mercator (notamment dans les outils de
cartographie web dérivés de la projection Web Mercator, standard depuis les
années 2000).
Ce qui ne change pas
La résolution de l'ONU n'a pas de portée
contraignante et ne modifie aucun tracé de frontière. Elle ne change pas non
plus les usages où Mercator reste la référence technique incontournable, en
particulier la navigation maritime et aérienne, pour lesquelles la conservation
des angles (conformité) prime sur celle des surfaces.
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